Monsieur Basart se souvient de Marion Cotillard



Playlist post punk sur la terrasse du snack au bord du lac. Monsieur Basart regarde une mouche tombée dans la béarnaise. 

Il pense au visage de Marion Cotillard. Souvent, il se sera demandé ce qui, dans ces yeux bleus et ce sourire étroit, l'apaise.

Elle est maintenant inutilisable et la viande, qui était déjà nerveuse et insécable, devient sèche de surcroît. 

Indépendamment de ce qu'il pense des films où l'actrice apparaît, et à rebours des inévitables rumeurs qui la veulent diva désagréable, à peine Monsieur Basart imagine son grain de beauté frontal et voilà son âme tempérée. 

Il s'agira tout de même de la finir car, l'on a beau vouloir être raffiné, on craint plus d'avoir faim que de mal manger. 

Une vague de chaleur régressive et puérile dont l'origine est longtemps demeurée obscure et vaguement douteuse. Jouissive donc coupable, et vice versa. 

Abruti de chaleur et de Spritz, Monsieur Basart élucide le mystère. La mouche ne sortira plus de la substance jaunâtre. Elle se frotte les pattes avant puis la tête et se faisant, se recouvre de plus en plus de sauce comme si elle s'assaisonnait pour être dévorée. 

C'est que ces traits, yeux bleus, sourire étroit, grain de beauté frontal, sont aussi ceux d'une inconnue qui s'est occupée de lui enfant. Impossible de se souvenir pourquoi, quand, combien de temps et moyennant quel financement mais Monsieur Basart ne peut plus oublier maintenant qu'une animatrice de centre de loisir, ou une babysitter, ou la soeur d'on ne sait trop qui, a un jour tendu vers lui des yeux bleus et a étendu des lèvres latéralement à peine plus loin que le nez. Une inconnue a montré cette patience douce et gentiment moqueuse pour l'enfant gauche qu'il était.

Mais Monsieur Basart est grand maintenant. Tandis qu'il scrute aveuglément les bourrelets d'un obèse installé sur une chaise pliante, la joie du souvenir est ternie par un doute. Son inconscient retors et vicieux n'essaierait-il pas d'enrubanner d'une tendresse d'enfance ce qui ne serait au fond qu'un élan purement libidinal ?

Circonspect, ivre, rougeâtre et honteux, Monsieur Basart s'enfonce sans grâce dans l'eau verdâtre.

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