L'inspecteur Basart mène l'enquête
La chambre de l'inspecteur Basart a toujours été mal isolée, il n'a d'ailleurs pas de volet à la fenêtre. Il est donc tout à fait habituel pour lui de se réveiller dans une pénombre nuancée par un ou deux rayons de soleil. Mais là, c'était trop, il faisait grand jour dans la pièce quand l'inspecteur Basart ouvrit les yeux. Ça ne me dit rien qui vaille, maugréa-t-il. Oh non, ça ne me dit rien qui vaille cette histoire. Une consultation rapide de son réveil analogique de la marque Casio lui révéla le pot au rose : midi ! Lui qui avait rendez-vous avec le commissaire ce matin-là à 9h pétaradantes. Il était déjà midi ! Au sommet du cadran, la grande aiguille était venue se cacher derrière la petite. Sans succès, car bien sûr, elle est plus grande.
Flûte ! hurla l'inspecteur de toute ses forces. Au point que si une femme de ménage était entrée en portant un plateau elle l'eut, sursautante, renversé aussi sec. Mais il n'y avait pas de femme de ménage, ce dont témoignait la mauvaise tenue des lieux. Et d'ailleurs, quand bien même une femme de ménage aurait été présente, pourquoi aurait-elle porté un plateau ? Une femme de ménage n'est pas une gouvernante. Encore que l'une peut effectuer parfois certaines des missions de l'autre, et vice versa. D'ailleurs, vivant seul dans un petit appartement, l'inspecteur Basart n'aurait pas besoin des deux employées de maison. Donc s'il avait une gouvernante, il lui demanderait de faire aussi le ménage, et s'il avait une femme de ménage, il lui demanderait de gouverner. Moyennant paiement, évidemment. Il réfléchit à cela, à demi levé, reposant sur ses coudes, la couette toujours remontée jusqu'au nombril, pendant vingt bonnes minutes.
Flute ! hurla-t-il de nouveau lorsqu'il s'aperçut du temps écoulé. Je dois aller mener l'enquête sans tarder ! Ni une, ni deux, il bondit hors de son lit et courut à la cuisine se préparer un café. Pas le temps d'ouvrir le frigo ! éructa-t-il en dégainant son arme de service. Pan ! Pan ! Pan ! Il vida la cartouche de son colt sur la porte blanche jusqu'à ce qu'elle tombe d'elle même. Ce qui arriva au troisième coup mais par principe il tira quand même la dernière balle dans un pamplemousse qui explosa en une gerbe de jus très amer mais riche en vitamine C. Ignorant le mélange d'oeuf, de yaourt, de houmous au piment d'Espelette et de bière de la marque l'Eurelienne brassée en Eure-et-Loire qui se répandait lentement sur le sol, il saisit d'un geste viril le paquet de café moulu conservé au frais pour préserver les arômes ronds et corsés de l'arabica des petits producteurs proposé par la marque Malongo. L'inspecteur Basart avait roulé sa bosse et n'avait par conséquent plus besoin de la petite cuillère doseuse pour estimer la quantité de poudre noire nécessaire. Il aurait pu le faire à l'aveugle, en écoutant le son dans la cafetière, mais ce n'était en l'occurence pas nécessaire car, encore une fois, il faisait très jour dans cet appartement mal isolé et sans volet, où il était midi, presque trente maintenant.
En attendant que l'eau boue, s'évapore, s'imbibe de poudre, puis redevienne liquide avant de s'écouler dans un récipient avec un bec verseur, l'inspecteur s'assit sur son canapé. Par chance, tout le processus susnommé était automatisé par une cafetière à filtre, mais ralenti par le tartre qu'un entretien négligeant avait laissé s'accumuler dans l'appareil. Allez, dépêche toi, bon sang ! s'époumonait-il en regardant le flux progresser. Dépêche toi, je dois aller enquêter ! Il se prit la tête entre les mains. Cette enquête me bouffe, cette enquête est en train de me bouffer la gueule ! Il parlait toujours en criant, sans qu'on sache bien à qui il s'adressait car il vivait seul et, encore une fois, n'avait pas de personnel. Une fois le café prêt, il se précipita sur la cafetière puis en versa le contenu dans une tasse qu'il posa sur une petite soucoupe décorée d'une mosaïque au look un peu renaissance. Il s'assit dans son fauteuil et souffla doucement sur la surface noire pour en atténuer la chaleur. Dès que j'ai fini, je file mener l'enquête direct, sacredieu ! Le processus lui prenait en général vingt à vingt-cinq minutes, après quoi, il était courant qu'il en but un deuxième.
À suivre...
Un petit côté Sylvia Plath
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